Texte sur l’ALOUETTE de 1899

L’ALOUETTE

 

Gravure sur l'Alouette

L’alouette, c’est l’oiseau national de la Gaule. Les premiers gaulois l’avaient prise pour emblème, car elle était comme eux, fière et indépendante, légère et insouciante du danger.

Pour le chasseur, c’est du menu gibier, c’est un pis-aller pour beaucoup et cependant quelle fine brochette, quel rôti adorable. Et puis cela change un peu, tirer l’alouette au cul levé n’est pas facile. C’est un sport intéressant qui fait la main aux commençants et l’entretient aux autres.

Et puis quelles bonnes journées que ces chasses au miroir en novembre alors que le soleil brille et réchauffe, que le grésil couvre la plaine; quelle fusillade ininterrompue. On a fait des alouettes encore l’emblème de la coquetterie. Elles viennent se mirer, diton, au miroir qui tourne et tourne et tombent frappées par le plomb, victimes de leur vaniteuse curiosité. Pauvres alouettes si injustement calomniées!

Qu’on nous permette de donner notre humble avis. Pour nous, le miroir représente une chouette battant des ailes, et prise à un piège, les alouettes fondent sur elle a pour la tuer, ou tout au moins l’effrayer c’est pour cela, croyons-nous, que le chasseur avec son sifflet doit imiter le cri de l’alouette, et plutôt un cri d’effroi et de colère que tout autre.

Mais revenons à notre chasse. Le porteur de miroir a soin de placer son instrument bien à découvert à une quinzaine de mètres de l’endroit où il se tiendra assis ou debout, car les alouettes ne s’effaroucheront pas de lui ; s’il trouve un fossé peu profond, il est heureux, de s’installé au fond, adossé au talus, ayant devant lui son miroir, entre les jambes ses cartouches, à sa droite ou à sa gauche un aide qui tire la ficelle, à moins que le chasseur n’ait nu compagnon, auquel cas, le tirage de la ficelle, le seul désagrément de cette chasse, est dévolu à tour de rôle à chacun d’eux. Si l’on chasse seul et qu’on puisse être assis, le meilleur moyen est de ce placer, le miroir, non en face de vous, mais à droite ou à gauche, vous attachez la ficelle a votre genou et vous faites tourner votre instrument sans fatigue, et sans préjudice pour votre tir.

Le meilleur jour pour chasser les alouettes c’est, en cette saison, lorsque vous trouvez, au matin, les champs couverts de gelée blanche. Si le temps est au nord, sans vent, ou avec vent tés léger vous vous amuserez. Inutile de dire qu’en conséquence les nuits douces et humides, le temps à l’est ou au sud et le ciel nuageux ne sont pas propices à cette chasse.

Le meilleur moment de la journée, c’est de sept à dix heures. Mais si le temps est très beau et que le passage soit abondant, vous pouvez tirer jusqu’après midi.

Nous n’oserions trop donner de conseils sur le tir de l’alouette, disons seulement qu’avec elle il n’y a pas à se presser, car la même peut vous fournir dix fois l’occasion de tirer et qu’elle tombe facilement; nous employons du plomb de douze, avec petite charge de poudre.

La chouette est aussi un moyen très productif de faire la guerre aux alouettes. Il convient surtout au chasseur ingambe que l’immobilité du miroir ne satisfait pas et permet aussi de faire de bonnes razzias, surtout lorsque le passage des alouettes n’est pas très fort et qu’elles restent posées dans la plaine.

Le chasseur à la chouette, portant son oiseau sur le poing, a des allures de fauconnier; il s’avance dans la plaine. Dès qu’il a levé les alouettes, il lance son oiseau, qui parcourt une cinquantaine de mètres au plus et se pose il a les pattes entravées et un poids y est suspendu a sa vue les alouettes sont revenues sur elles-mêmes, elles fondent sur la chouette, reviennent une fois ou deux, puis s’éloignent. Le chasseur a mis à profit cet Incident prévu, il a tiré deux alouettes sont tombées il ramasse sa chouette et continue sa chasse. La, le tir est plus difficile, car l’alouette vole vite et se laisse presque tomber ; mais on comprend qu’un chasseur qui connaît bien les endroits fréquentés par les oiseaux qu’il recherche peut faire ample moisson.

En somme, la chasse des alouettes est un agréable et productif passe-temps. On ne peut pas toujours poursuivre par monts et par vaux le lièvre ou la perdrix ; il faut varier, les plaisirs. C’est d’ailleurs un gibier délicieux, sans trop de fumet cependant et dont on peut manger impunément, car il est dit depuis longtemps que la mauviette n’a jamais donné d’indigestion. Mais c’est peut-être une invention des restaurateurs.

J.-B.  S.

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